L’Art après Fukushima

Tout à fait par hasard, mon regard s’est arrêté sur l’annonce d’une conférence à l’Auditorium du Louvre à Paris, diffusée par La Maison de la Culture du Japon sur sa Page Facebook.

Mais ce n’était pas tout … Quelques invitations étaient disponibles! C’est ainsi que je me suis trouvée hier dans le ventre de la Pyramide du Louvre, confortablement installée dans une salle quasiment remplie pour écouter Michaël FERRIER.
Jetons ensemble un œil sur le Programme :

Cycle(s) : Prophétie, apocalypse et temps
Auditorium du Louvre à Paris
Le lundi 16 juin 2014 à 18:30

Notes sur l’art au temps de Fukushima
par Michaël Ferrier, Université Chuô, Tokyo

« Nul ne peut se promener au Japon aujourd’hui sans constater l’intense réflexion en cours, à travers l’art, sur l’événement que nous nommons « Fukushima » et que les Japonais désignent sous le nom du « 11 mars ». À Tokyo comme en province, dans les grands musées nationaux comme dans les galeries alternatives, chaque exposition semble littéralement hantée par la triple catastrophe. Ces expérimentations sont bien trop nombreuses pour prétendre en dresser un tableau exhaustif. Mais l’exploration de quelques-unes des pratiques artistiques nées après le 11 mars 2011 permet d’interroger certaines mutations en cours dans la relation à la nature, à la politique et surtout dans le rapport au temps, qui esquissent peut-être les contours de nouveaux paradigmes dans une société bouleversée.

Y a-t-il encore la place pour un temps émancipateur, chargé de sens, à l’époque du nucléaire ? Que reste-t-il de l’art au temps – et dans le temps – de Fukushima ?

Michaël FERRIER est écrivain et professeur à l’Université Chuo (Tokyo).
Ancien élève de l’École Normale Supérieure, agrégé de Lettres, docteur ès Lettres et Arts de l’Université de la Sorbonne, il est l’auteur de plusieurs essais sur la culture japonaise, ainsi que sur les problématiques du temps, de l’art et de la mémoire. Collaborateur de revues d’art et de littérature (Art Press, L’Infini, La Nouvelle Revue française), il a également signé plusieurs romans : Kizu (Ed. Arléa, 2004), Tokyo, petits portraits de l’aube (Gallimard, Prix littéraire de l’Asie 2005) et Sympathie pour le Fantôme (Gallimard, Prix littéraire de la Porte dorée 2011). Dernière parution : Fukushima, récit d’un désastre, Gallimard, 2012 (Prix Édouard-Glissant). Il prépare actuellement un ouvrage sur la catastrophe et l’art contemporain. »

Conférence suivie de la projection à 20h30
INTO ETERNITY

Documentaire de Michael Madsen
Dan., Finl., Suède, It., 2010, 75 min, vostf, num.
Film présenté par Michaël Ferrier, Université Chuô, Tokyo

Le projet finlandais Onkalo est destiné à l’enfouissement de déchets nucléaires, 500 mètres sous terre, pendant des millénaires. Faut-il prévenir du danger les archéologues du futur – et, si tel est le cas, de quelle manière – ou bien, au contraire, effacer la mémoire même du site afin d’éviter le risque d’une intrusion aux conséquences dramatiques au cours des prochains siècles ? »

J’ai pensé alors partager avec ceux qui ont manifesté de l’intérêt pour cette conférence sans pouvoir s’y rendre.
J’espère que vous y trouverez autant de plaisir et matière à réflexion que moi pendant les quatre heures de présence dans les lieux.

Je tiens à remercier Michaël Ferrier, le Musée du Louvre et  la Maison de la Culture du Japon d’avoir favorisé cette soirée de réflexion autour des conséquences de l’accident nucléaire de Fukushima que l’Art n’ignore, dans le temps présent. « Quand la crise est là, que le présent apparaît sans issue, deux manières de « donner forme » au temps ont fortement et durablement imprimé leurs marques: la prophétie et l’apocalypse … » LE DIRE APRÈS TOUT! Les artistes japonais le font remarquablement bien!
Alors, regardons autour de nous les signes d’espoir qui « poussent » cherchant à donner du « sens » à notre monde.

"Notes sur l’art au temps de Fukushima" par Michaël Ferrier, Université Chuô, Tokyo à l'Auditorium du Louvre

CONFÉRENCE : « Fukushima ou la traversée du temps – Notes sur l’art au temps de Fukushima » par Michaël Ferrier, Université Chuô, Tokyo le 16 juin 2014 à l’Auditorium du Louvre à Paris.

« Mon objectif est de confronter ici la théorie esthétique extrêmement négative de Günther Anders, à l’impressionnant déploiement d’œuvres en tout genre que Fukushima suscite pourtant dans l’art japonais.
Chaque jour à Tokyo aujourd’hui et dans l’ensemble du Japon, des artistes souvent tentent de répondre ou de poser la question « Fukushima » à travers leurs pratiques artistiques.
Ces expérimentations artistiques sont bien trop nombreuses pour que je vous dresse un tableau exhaustif.
Les exemples que je vais vous proposer maintenant, sont des exemples que j’ai trouvé assez représentatifs, ce ne sont pas les seuls, ce ne sont même pas forcément les meilleurs, bien qu’il en ait quelques uns vous allez voir, qui me semblent tout à fait remarquables, mais l’exploration donc de quelques unes de ces pratiques artistiques nées après le 11 mars 2011, me permettra de questionner la position de Günther Anders sur l’impossibilité de l’Art, mais aussi de poser la question du temps: y-a-t-il encore de la place pour un temps émancipateur, pour un temps qui soit chargé de sens, à l’époque du nucléaire et de son temps suspendu, sinistré, comme on le voit aujourd’hui dans les zones interdites aux abords de la centrale de Fukushima Daiichi?
Bref, que reste-t-il de l’Art au temps et dans le temps de Fukushima?

Chaque exposition à Tokyo comme dans le reste du pays, semble littéralement hantée par la triple catastrophe.

Les grands musées consacrent énormément d’expositions à Fukushima. Les grands festivals, les minuscules espaces alternatifs fleurissent parfois de manière aléatoire dans la ville, les petites galeries, les grands musées. »

AICHI TRIENNALE ART AFTER FUKUSHIMA

 Katsuhiro Miyamoto, The Fukushima Dai-ichi Sakae Nuclear Plant (2013)

Katsuhiro Miyamoto, The Fukushima Dai-ichi Sakae Nuclear Plant (2013)
« Le spectateur était sensé rentrer d’une certaine manière dans la centrale nucléaire de Fukushima. »

Miyamoto Katsuhiro Fukushima Sanctuaire

« Quatre réacteurs endommagés avec les toitures de temples japonais par Miyamoto Katsuhiro ( Fukushima Sanctuaire). Une sorte de clash, collision très forte entre l’immémorial culturel japonais et l’immémorial nucléaire d’une certaine manière. »

L’ART APRÈS FUKUSHIMA – LES ARTISTES ACTIVISTES
Des artistes engagés qui interviennent dans la société contemporaine avec des messages sociaux forts.

 

Chim↑Pom Group

« Le plus controversé est le collectif Chim↑Pom constitué de six personnes (2005) Ce sont de très jeunes gens. Ils aiment faire la Fête et de l’Art. Ce collectif mène une véritable guérilla artistique qui est d’une intelligence profonde. »

■ Ushiro Ryuta
■ Hayashi Yasutaka
■ Ellie
■ Okada Masataka
■ Inaoka Motomu
■ Mizuno Toshinori

 ピカッ

Pika, ピカッ by Chim↑Pom 2008

Une onomatopée pour traduire le « BOUM » de l’explosion de la bombe atomique de Hiroshima. Elle a été dessinée dans le ciel par un avion au dessus du Mémorial de la Paix très tôt le matin (Chim↑Pom 2008)

Chim Pom et le trèfle radioactif à Fukushima Daiichi

Le 11 avril 2011 Chim↑Pom pénètre dans la centrale Daiichi avec un drapeau aux couleurs du Japon et le trèfle radioactif dessiné.

Taro Okamoto «Mythe de demain» 1969 Un cri contre l'atome

Taro Okamoto «Mythe de demain» 1969 Un cri contre l’atome.
Cette fresque de Taro Okamoto «Le Mythe de demain» 1969 dans la Gare de Shibuya à Tokyo, évoque trois événements nucléaires:

■ Hiroshima
■ Nagasaki
Daigo Fukuryū Maru 

« À 22:00 du 1er mai 2011 Chim↑Pom a ajouté à cette fresque un petit morceau supplémentaire manquant, les réacteurs endommagés de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi! « Level 7  » pour ouvrir les yeux des passants et compléter la fresque! Ce groupe pose des questions importantes sur la société japonaise. »

"Carton Rouge" à l'industrie nucléaire!

Un membre de Chim↑Pom qui s’est fait embaucher par la centrale nucléaire, comme quoi n’importe qui peut y aller, alors ils ont pris cette photo « Carton Rouge » à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi.
Le message est clair: dénoncer la corruption en mettant un « carton rouge » à l’industrie nucléaire!

Art Fair Tokyo 2012 - Atomic Guitar - Fuyuki Yamakawa

La radioactivité détectée dans la terre venue du Palais Impérial de Tokyo près de chaque guitare, les fait jouer, rendant ainsi la radioactivité audible!
Art Fair Tokyo 2012 – Atomic Guitar – Fuyuki Yamakawa

 

NANOHANA HEELS par SPUTNIKO 

Les Talons qui sèment des graines de colza

À CHAQUE PAS

RETOUR À LA TERRE
sans oublier jamais
le RESPECT
à cette MÈRE
qui nous nourrit.

Ces chaussures ont été conçues en collaboration avec le créateur, Masaya Kushino. À chaque pas, des graines de colza sont semées sur le chemin. C’est très poétique!
C’est un projet qui a vu le jour après l’accident nucléaire de mars 2011.
Des études scientifiques en Biélorussie ont démontré que les fleurs de colza absorbent les substances radioactives tel le césium 137 et le strontium 90 à partir du sol mais que les graines sont épargnées.
Cette découverte est à l’origine de la culture du colza dans les terres de Tchernobyl par les gouvernements d’Ukraine et de Biélorussie dans les années 2000 après l’accident nucléaire de 1986.

 

Fujii Hikaru – Paysage côtier

Fujii Hikaru Record of a coastal landscape

Fujii Hikaru – Paysage côtier ( ltate 30.08.12)
Lente arrivée de l’aube. L’éveil d’une forêt au Musée de l’Art Moderne de Tokyo
(3 chiffres s’affichent: latitude/longitude/altitude/taux de radioactivité

LES BELLES IMAGES DE ARAI TAKASHI (daguerréotype) 

Des images contemporaines qui nous font voyager dans le temps …

 

RADIOACTIVE LILIES

Radioactive Lilies, Iitate Village 2011

« Compared to the immediate damage caused by the earthquake and tsunami, Fukushima appears to be more a challenging environment to photograph since the damage caused by radiation is not visible as such. The question is: how is the artist to depict something that cannot be seen? In a photograph such as ‘Radioactive Lilies, Iitate Village, 2011′, Arai uses the caption to make explicit the damage caused by radiation. These lilies, evocative of the aestheticized botanical photography of Karl Blosfeldt, has now become toxic and poisonous. Arai appears to purposefully blend beauty with the ugly reality of a nuclear meltdown. »

 

DÉCHETS NUCLÉAIRES

Koyu Abe and radioactive waste on his private property, 2013

« In addition to these textual references to radiation, Arai also includes a variety of physical objects that allude to contamination and the painful process of decontamination. One photograph depicts a man standing next to dozens and dozens of plastic barrels containing radioactive waste on his property. With his left hand resting on one of the barrels, this photograph too creates a striking contrast: rather than distancing himself from this toxic waste, the man relates to the barrels almost with a sense of sentimentally – perhaps subconsciously trying to hold on to his land which has now been claimed by radiation. »

LOGEMENT PROVISOIRE  À FUKUSHIMA

Temporary Housing Date, Fukushima 2012

Juste avant de terminer, je veux insérer dans cette page un ami artiste japonais que depuis mars 2011 ne cesse de réveiller les consciences dans son pays et dans le monde malgré l’inconfort qui lui procure cette situation. Protéger les enfants, protéger les victimes, se faire entendre …SOUTENONS-les parce que les protéger, c’est nous protéger et protéger notre monde.

L’ARTISTE 281_Anti Nuke

281_Anti Nuke

« Une catastrophe nucléaire, c’est un événement sans fin évidement et aujourd’hui nous ne sommes pas dans l’abstrait.
Les habitants qui habitent dans la région de Fukushima, les artistes que s’en occupent, vivent de manière quotidienne aujourd’hui dans un temps tout à fait spécial.
Ils sont confrontés à une reconstruction, puisque tout a été rasé par le tsunami; cette reconstruction est nécessaire, mais comme tout est contaminé, elle est aussi nécessaire qu’impossible.
Ils sont pris à la lettre dans un temps qui est interminable dans le temps que Günther Anders en début de mon exposé, appelait « le temps de la fin ».
Ils sont pris dans les raies d’un temps qui ne passe plus, et ça quand vous allez sur place même sans rentrer forcément dans la zone interdite, vous sentez bien cette espèce de vacances du temps.
L’idée même de « temps », semble discréditée, c’est un temps où on ne peut plus faire de projets.
Pourtant les artistes refusent tous, chacun à sa manière, cet univers plat, cet univers dépourvu de prolongement, cet univers dépourvu de vibrations, cet univers dépourvu d’écho qu’est une zone nucléarisée. »

PEUT – ON ENCORE CRÉER  APRÈS CHAQUE CATASTROPHE?

Nous avons besoin des artistes de tout genre pour nous montrer la beauté du monde dans lequel nous sommes nés. Nous avons besoin des enfants qui regardent vraiment le monde pour apprendre avec eux à être heureux!
Nous avons l’obligation d’entretenir et soigner notre environnement pour le laisser en bon état aux enfants à venir, à fin qu’ils y vivent à leur tour heureux, loin de tout danger inutile fabriqué par notre génération.
Mais surtout, nous devons respecter la TERRE par ce qu’elle est, indépendamment du bénéfice que nous en tirons.
Il y a des signes qui ne trompent pas …
Ainsi le thème de ces conférences qui se terminent bientôt : PROPHÉTIE APOCALYPSE TEMPS …

Thanks Internete Fernandez for this video 

✻ INTO ETERNITY (2010) – documentaire sorti en France le 18 mai 2011 by Michael Madsen (documentariste danois) qui a reçu un accueil triomphal dans les festivals qui l’ont projeté. Il y a été récompensé par de nombreux prix : Prix du Meilleur Documentaire au Festival Nordique de Bergen (en Norvège), Prix du Public au CPH : DOX, un festival spécialisé dans la projection de documentaires (également au Danemark), Grand Prix au Festival Vision du Réel (en Suisse), Grand Prix Panasonic Plante Doreview (en Pologne) et Grand Prix au Festival International du Film d’Environnement (en France).

■ Synopsis et détails:

Le chantier d’un sanctuaire conçu pour durer cent mille ans. Creusée dans le nord de la Finlande, à Onkalo, cette gigantesque grotte abritera des déchets nucléaires. S’adressant aux générations futures, ce documentaire en forme de film de science-fiction montre ces travaux gigantesques – cinq kilomètres de galeries plongeant 500 mètres sous terre – et pose la problématique de l’élimination des déchets radioactifs sous l’angle de la temporalité. Impliquant une responsabilité millénaire, celle-ci nous oblige à adopter une autre échelle de durée.

Un très bon documentaire qui fait prendre conscience que les déchets du nucléaire sont sous terre pour l’éternité. Une sorte de cadeau empoisonné de notre génération aux générations futures, preuve de notre irresponsabilité. C’est la réalité!



2 Réponses à L’Art après Fukushima

  1. :) dit :

    J’espère chaque jour que nos contemporains retiendront les leçons de cet horrible événement… et compte sur le Pays du soleil levant pour montrer la voie. (Je te rends visite un peu tard, une fausse manipulation m’ayant fait perdre des liens sur mon blog… réparée ce jour).

    • 海子 Okasan dit :

      Bonjour Ö

      Je suis contente de ta visite.
      Ton papillon est merveilleux. Ainsi restera-il prêt à s’envoler pour toujours.

      Vois-tu, le sujet de cet article met en lumière les gens qui ne se taisent pas au sujet du « nucléaire »!

      Les artistes se débrouillent du mieux qu’ils peuvent pour exprimer leur art, leur pensée et leur vision du monde. Parfois ils doivent se battre pour garder leur liberté d’expression, surtout depuis quelque temps au pays de l’empereur où la loi des « secrets » d’État s’installe, imposée par le gouvernement, pour éviter l’opposition de la population aux programmes établis (le nucléaire en fait partie). Les artistes nous rendent un grand service.

      ​Cependant, les victimes de cet accident nucléaire n’oublient pas et nous ne devons pas les oublier non plus. Ils ont toujours besoin du regard de l’Occident pour se faire entendre.

      Comme l’été dernier, le 30 juillet 2014, un groupe d’enfants de Fukushima arrivera en France pour prendre l’air et oublier un peu leur quotidien qui les empêche de vivre dans l’insouciance de l’enfance et de l’adolescence, à cause de la radioactivité.

      C’est l’oeuvre de bénévoles français et japonais solidaires qui essayent ainsi de venir en aide aux parents et aux enfants concernés. C’est une goutte d’eau, certes, mais c’est toujours mieux que rien faire.

      Cher Japon … Tes enfants sont des trésors précieux.

      Ton mÖnde est très beau. Merci Ö​

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