Nous étions Charlie

 Hommage à Charlie Hebdo

Je suis Charlie

 

LE MAÎTRE NOUS ATTEND

Matin froid
le cœur gros
parmi les gens pressés
sans s’attarder,
mes pas
me conduisent
au rendez – vous donné,
juste devant
le Grand Palais
à un talentueux crayon,
elle aussi
au regard voilé
par l’émotion.
La neige quant à elle
se retient de tomber
pour ne pas troubler
ce deuil national
que le maître
n’avait pas prévu!
Le Grand Palais,
Hokusai,
Paris tout entier,
sommes Charlie.

✿✿✿

Le samedi 10 janvier j’ai passé une merveilleuse journée au * Grand Palais à Paris à admirer l’univers du grand peintre japonais Hokusai, en compagnie d’un joli crayon débordant d’humour et talent! Une jolie Plume nous avait adressé ce message: « Nous avons besoin de nous nourrir de douceur et de belles choses, surtout en ce moment » . Elle avait raison! Quand la réalité est trop dure, voir insoutenable, il faut être capable de poser son regard sur quelque chose ou quelqu’un de beau et bon pour continuer à vivre, à créer et construire. Cet article est en lien avec le précédent intitulé J’en veux un! * (Exposition HOKUSAI au Grand Palais-Galeries Nationales du 1er octobre au 18 janvier 2015).

Exposition Hokusai au Grand Palais à Paris du 01 Octobre 2014 au 18 Janvier 2015

Nous étions nombreux à attendre dehors notre tour. Une fois arrivé, j’ai savouré chaque instant juste avant de m’engouffrer dans la semi-obscurité des salles d’exposition pour préserver les œuvres des effets néfastes de la lumière artificielle.

Peu à peu, mes yeux se sont habitués à la pénombre, passant doucement devant chaque oeuvre, y restant plus ou moins longtemps pour observer de près un détail, une couleur, un tracé, ou simplement m’émerveiller devant un « kakemono » (rouleau peint suspendu), un paysage, un personnage, une calligraphie, une texture, un objet … Revenir en arrière et poursuivre.

Cette vue de la Tour Eiffel m’a beaucoup intrigué, jusqu’à ce que je comprenne qu’elle avait été inspirée par le travail de Hokusai! Je me suis vue sous la neige, traversant la rue pressée et entendre le bruit feutré des sabots des chevaux sur le pavé enneigé! Elle semble intemporelle! Maintenant je peux ainsi imaginer notre bonne et vieille Tour Eiffel!

La Tour Eiffel en construction - ©Henri Rivière « Les Trente-six vues de la Tour Eiffel »La Tour Eiffel en construction – ©Henri Rivière « Les Trente-six vues de la Tour Eiffel »

J’ai ainsi découvert « Le peintre Henri Rivière, né le 11 mars 1864 à Paris et décédé le 24 août 1951 (à 87 ans) à Sucy-en-Brie. Il a pratiqué l’art de l’estampe, de la gravure sur bois, des eaux fortes et de l’aquarelle.
Parmi les bois gravés célèbres: Paysages bretons, La Mer: Études de vagues (forte influence japonisante, allusions à Hokusai, Hiroshige). Ses gravures de paysages bretons sont très belles! «Les Trente-six vues de la Tour Eiffel, lithographies en couleurs». 

Ayant assisté à l’émergence de la tour dans le paysage parisien et après l’avoir photographiée lors d’une visite du chantier, Henri Rivière lithographie ses « Trente-six vues de la Tour Eiffel », en hommage aux « Trente-six vues du Mont Fuji » d’Hokusai. Sa première idée, dont témoignent deux planches gravées, est un album de gravures sur bois. À ce procédé aussi contraignant qu’impropre à la diffusion, il préfère la lithographie. Les trente-six planches seront réunies, en 1902, dans un ouvrage édité à cinq cents exemplaires.»

Je vous livre un seul mot pour définir cette exposition: FANTASTIQUE! Un si incommensurable recueil d’œuvres représentatives d’un pays, d’une époque et d’une culture, où tant de détails les mettent en évidence. Si Hokusai pouvait voir avec quel intérêt, plaisir, curiosité et émerveillement nos yeux se sont posés sur son travail!

©Hokusai «Pêcheur» Ryōshi Zu - Surimono«Pêcheur» Ryōshi-Zu (1818-1830) ©Hokusai *Surimono: *estampe de luxe imprimée en tirage limité, souvent utilisée comme carte de vœux.

« Ce dessin portant l’inscription: jigasan (poèmes ajoutés de la main de l’artiste) semble être un autoportrait de Hokusai. On peut voir inscrits dans la partie supérieure deux poèmes brefs se terminant, l’un par « Manji » (la svastika bouddhique), l’autre par le caractère signifiant « ivresse ». Comme Hokusai signait parfois ses œuvres « Manji » et que « ivresse » peut se lire « ei », il pourrait s’agir d’une allusion à lui même et à sa fille O-ei. » (Grand Catalogue de l’Exposition Hokusai).

Les 36 Vues du Mont Fuji, les ponts, les cascades, la lune, les cerisiers en fleur, la neige, les fleurs, les oiseaux, les papillons, les belles femmes, les enfants jouant, les légendes, les contes de la vieille nourrice et tant d’autres merveilles de la vie quotidienne de l’époque et de sa culture! Je suis restée longtemps à observer  la beauté de ce petit oiseau et heureuse de découvrir le côté poétique de Hokusai.

Bergeronnette sur un piquet enneigé © Hokusai Exposition Hokusai au Grand Palais 2014-2015Bergeronnette (1834) ©Hokusai

« Une bergeronnette s’est posée sur un piquet enneigé. La neige accumulée est rendue par de fines touches de nacre pilée. Hokusai s’est servi uniquement de ce pigment pour dessiner aussi les herbes environnantes, ce qui n’est guère habituel. » (Grand Catalogue de l’Exposition Hokusai).

De temps en temps, Fanny revenait elle aussi en arrière et nous nous croisions alors quelques instants, pour nous perdre à nouveau de vue parmi une foule de passionnés qui s’attardaient immobiles à admirer le travail de l’artiste. Être en compagnie de Fanny, m’a beaucoup touché! L’esprit du Maître lui aussi était présent dans les lieux.

©Hokusai «Récolte de coquillages à marée basse» Shiohigari zu ©Hokusai «Récolte de coquillages à marée basse» Shiohigari zu

« La ‘Récolte de coquillages à marée basse’ Shiohigari zu, conservée au Musée Municipal de Osaka, est considérée comme un bien culturel important. Elle sublime et transcende les techniques picturales japonaises et chinoises que Hokusai avait absorbées de diverses écoles pour les faire siennes. » (Grand Catalogue de l’Exposition Hokusai).

Hokusai l’exposition

Seiji Nagata et Laure Dalon, commissaires de l’exposition, mettent en lumière les multiples facettes du maître japonais qui désirait « dessiner l’impossible ».

Le Grand Palais, Galeries Nationales a eu la bonne idée d’éditer un grand Catalogue officiel de l’exposition Hokusai qui nous permet de revoir ces merveilles à tout moment, accompagnées de très beaux textes qui les situent et expliquent.

Le Grand catalogue - Exposition ©Hokusai au Grand Palais 2014 - 2015

« Dans le catalogue sont reproduites les 550 œuvres de l’exposition. Elles proviennent du musée Ota de Tokyo et des grands collectionneurs privés japonais, et des grands collectionneurs publics européens, réunissant les estampes polychromes – ou relevant de l’édition plus confidentielle d’images de vœux surimono – , mais aussi des dessins préparatoires, des croquis et peintures, rares témoignages de ce versant moins divulgué de l’activité créatrice du peintre. Une grande partie de ces œuvres ne quittera plus le Japon à compter de l’ouverture de l’Institut Hokusai, à Tokyo, au printemps 2015. » (Grand Catalogue de l’Exposition Hokusai)


Ce qu’il faut savoir sur Katsushika Hokusai
「葛飾 北斎」(1760-1849)

 

L’artiste japonais le plus célèbre à travers le monde
Une enfance assez mystérieuse dont on sait peu de choses
Un travail synthétique entre principes traditionnels de l’art japonais et influences occidentales
Un artiste polyvalent à la fois peintre, illustrateur et graveur
Le père du Manga avec ses fameux carnets de croquis, sorte d’encyclopédie illustrée de la vie quotidienne japonaise
L’artiste à l’origine des célèbres vues du Mont Fuji
Un grand caricaturiste et dessinateur comme on le voit dans sa fameuse Manga de nombreuses scènes érotiques connues dans le monde entier
Un artiste aux identités multiples qui a changé de nom pas moins de six fois!
Une source d’inspiration pour de nombreux artistes dans le monde entier comme Pierre Bonnard, Paul Gauguin, Vincent Van Gogh ou Claude Monet

Né le 31 octobre 1760, tombé malade au début du printemps, il décède dans la misère presque ignoré le 10 mai 1849. Ses dernières œuvres datent de février-mars 1849. L’époque Edo se termine, le Japon va bientôt entrer dans l’ère moderne. Il est enterré au temple de Keikoji dans le district d’Asakusa d’Edo.

« Hokusai est le peintre par qui l’art japonais a été popularisé dans le monde occidental au XIXe siècle, et il est sans doute l’artiste japonais le plus célèbre dans le monde.
C’est en 1856 que Félix Bracquemond découvre l’œuvre d’Hokusai; il repère chez son imprimeur un petit livre broché, à couverture rouge. Il venait de très loin. En raison de sa matière souple et élastique, il avait servi à caler des porcelaines expédiées du Japon.

Hokusai, alors considéré comme un simple artisan parmi d’autres par les Japonais eux-mêmes, doit sa renommée à quelques acteurs parisiens : tels Edmond de Goncourt, auteur de la première monographie dédiée à l’artiste en français, le marchand Siegfried Bing, qui l’a très tôt exposé. Citons Monet … et tout une mode japonisante à la fin du fin XIXème et au début du XXème siècle.
Les artistes français, impressionnistes ou symbolistes, ont vite tiré la leçon d’Hokusai : cadrage, sens du détail, originalité des à-plats de couleur.

Au Japon du XIXe siècle la bourgeoisie de Edo (aujourd’hui Tokyo) et les classes plus populaires étaient friandes des estampes sur bois qui illustraient des contes, des récits érotiques, des exploits des acteurs du théâtre de kabuki, des recueils de poésie ou des pièces de circonstance pour la nouvelle année.
L’ukiyo-e «image du monde flottant» est un des aspects de l’art de l’estampe de l’époque d’Edo (1603-1868) dont deux autres représentants célèbres sont Utamaro (1753-1806) et Hiroshige (1797-1858). » (Grand Catalogue de l’Exposition Hokusai)



「北斎漫画」Les Hokusai manga en animation au Grand Palais

Hokusai compose aussi une « encyclopédie populaire » en images, la Manga, dont quinze volumes furent publiés de son vivant. Ces scènes de la vie quotidienne, avec ses petits métiers et ses personnages pittoresques exécutées avec une vigueur parfois proche de la caricature, connaissent de grands succès. « Presque tout le monde vivant y est représenté accompagné d’images du surnaturel qui peuplent l’imaginaire japonais. Les sujets sont souvent de petite taille, disposés pêle-mêle sur une page. Certains peuvent couvrir une page ou même une double page. Le contenu n’est pas organisé; dans chaque carnet, c’est un joyeux mélange de tous les genres. Son inspiration est sans borne. En observateur attentif de ses contemporains, il raconte le Japon de son époque, souvent avec humour; certaines scènes sont des expressions sur le vif, d’autres de vraies caricatures. Son talent donne un maximum d’expression avec un minimum de moyens. » – Grand Palais

« Hokusai Manga » - Figures animées dans le mur au Grand Palais Exposition Hokusai 2014/2015

C’est à partir de 1823 que Hokusai fait sortir l’estampe des quartiers réservés en exécutant des séries de paysages qui font sa renommée telles les Trente-six Vues du Mont Fuji.
Auteur de plusieurs milliers d’estampes, de centaines d‘illustrations de livres et de peintures, poète à ses heures, Hokusai apparaît comme un bourreau de travail. Considéré en son temps comme un excentrique, il se dit lui-même «fou de peinture». Il était tellement habité par son art qu’il ne peignait pas pour vivre, il vivait pour peindre.

Au cours de ses plus de 70 ans de carrière, il n’a cessé d’évoluer, de renouveler son art et sa technique en puisant autant dans la peinture traditionnelle chinoise et japonaise qu’aux sources de l’Occident pour en arriver à créer des chefs-d’œuvre internationalement connus comme «La Vague».

©Hokusai «La Grande Vague de Kanagawa»©Hokusai «La Grande Vague de Kanagawa»

LA GRANDE VAGUE : « Peu visibles les marins luttant pour survivre dans une mer hostile, ramènent l’homme à sa dimension propre face à une nature toute puissante. La dimension divine de la nature est rendue par la stabilité de la montagne sacrée du Fuji s’opposant à la vie pleine de menace de la mer. »

Selon une tradition chinoise, les étapes de la vie d’un homme sont marquées par des changements de nom. Hokusai pousse cette pratique à l’extrême puisqu’on lui connaît près d’une centaine de noms ou variations de noms.

. Katsukawa Shunrô (1778-1794),
· Sôri (1794-1798),
· Katsushika Hokusai (1798-1810),
· Taito (1811-1819), Iitsu (1820-1834),
· Gakyô Rojin Manji (1834-1849).

Sa fille Ei (Ōi) Katsushika (1800/1866) a été la plus doué des enfants du maître pour la couleur et la calligraphie. Après son divorce, elle est venue vivre avec son père prenant soin de lui.

Hokusai va faire d’elle son élève et surement aussi sa confidente puisqu’elle lui restera attachée jusqu’au bout.
Elle va gravir tous les échelons dans l’atelier d’estampe du « Sensei » Hokusai et deviendra l’une des rares artistes femme reconnue dans le Japon du 19ème. La fille va exceller dans l’art du portrait, celui de peindre des figures féminines.

L’ukiyo-e (image du monde flottant) ou estampe japonaise du père va connaître des périodes fastes. Le père, bien que très prolifique, va avoir besoin du talent et de l’aide de sa fille.

Père et fille vont collaborer ensemble. Il lui confiera le coloriage de bon nombre de ces SHUNGA (scènes érotiques) qu’il signera de son nom.
Ōi va finir par prendre la tête de l’atelier du père jusqu’à la mort de celui-ci à l’âge de 89 ans.

Du travail personnel d’Ōi Katsushika, il ne reste que quelques estampes. Mais on peut supposer qu’une partie de l’œuvre de Hokusai Katsushika (près de 30.000 œuvres) qu’on peut admirer dans tous les musées et rétrospectives du monde, soit finalement aussi l’œuvre de sa fille Ōi . Après la mort du père, Ōi Katsushika va prendre congé de ses élèves et de sa famille et ira vivre recluse jusqu’à la fin de sa vie.

Portrait de Hokusai - Exposition Hokusai au Grand Palais Paris 2014-2015 - Auteur inconnu

“Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner la forme des objets. Vers l’âge de cinquante ans, j’avais publié une infinité de dessins, mais tout ce que j’ai produit avant l’âge de soixante – dix ans ne vaut pas la peine d’être compté. C’est à l’âge de soixante – treize ans que j’ai compris à peu près la structure de la nature vraie, des animaux, des herbes, des arbres, des oiseaux, des poissons et des insectes. Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait encore plus de progrès; à quatre-vingt-dix, je pénétrerai le mystère des choses; à cent ans, je serai décidément parvenu à un degré de merveille, et quand j’aurai cent dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant.” Hokusai, préface des Cent vues du mont Fuji – 1835

en tant que fantôme
je foulerai d’un pas léger
les champs de l’été

(Poème d’adieu de Hokusai)

Allons à la rencontre des fantômes

« Comment donner forme à toutes ces choses qui peuplent mon esprit? » Hokusai – Préface du Manuel illustré des couleurs – 1848

Daruma ©Hokusai au Grand Palais 2014/2015 -

En haut de l’escalier, une reproduction géante du moine *Daruma réalisé en 1817 (* nom japonais de Bodhidharma, religieux indien du 6e siècle qui propagea le bouddhisme de méditation en Chine d’où il fut transmis au Japon sous le nom de Zen.)

Grand Palais - Exposition Hokusai - Paris 2014/2015

Le moine Daruma ©Hokusai au Grand Palais 2014/2015

« Toutes les formes ont leurs propres dimensions que nous devons respecter; mais il ne faut pas oublier que ces choses appartiennent à un univers dont nous ne devons jamais briser l’harmonie. Tel est mon art de la peinture. » Hokusai. Préface du traité Initiation rapide au dessin abrégé – 1812

Grand Palais - Exposition Hokusai - Paris 2014/2015

 Exposition Hokusai au Grand Palais 2014/2015

« Hokusai Manga » - Figures animées dans le mur au Grand Palais - Exposition Hokusai 2014/2015

« Si seulement les cieux pouvaient m‘accorder encore dix ans… Si seulement les cieux pouvaient m’accorder encore cinq ans, je deviendrais un grand artiste. » Dernières paroles d’Hokusai.

 

« Spectre d’Oiwa-san »

 

©Hokusai Nishiki-e - Hyaku Monogatari Oiwa-san «Spectre d'Oiwa-san» Série - Cent contes de fantômes©Hokusai « Hyaku Monogatari Oiwa-san »

Oiwa-san: *nishiki-e (*image de brocart ou estampe polychrome de la série « Cent contes de fantômes » vers 1831-1832 )

Héroïne d’une célèbre pièce de kabuki « Les Fantômes de Yotsuya » sortant d’une lanterne.
… une lanterne en papier se consume en prenant l’aspect d’un visage fantomatique. Trois filets de fumée s’en échappent. L’armature de la lanterne est reprise dans les traits de ce visage blanc et une grande déchirure évoque une bouche béante. Le côté terrifiant de ce visage est renforcé par les yeux rougis et l’expression désespérée. Le cartouche en haut à droite mentionne le nom de la série : « Cent contes de fantômes. »

Hokusai évoque, Oiwa, héroïne d’une histoire de fantômes connue.
Tuée par son mari, le visage de la défunte apparu sur une lanterne bouddhique remise en offrande par son meurtrier. Il s’était rendu au cimetière en compagnie de sa nouvelle épouse la Nuit de tous les Esprits.

Transmis par tradition orale le Hyaku monogatari « Cent contes de fantômes », fut popularisé durant l’époque Edo sous la forme d’un jeu. Il consistait à narrer des histoires de fantômes ou de monstres surnaturels au sein d’un groupe réuni autour de cent chandelles. Une fois un récit terminé, on en soufflait une. On espérait, non sans crainte, voir une apparition lorsqu’on soufflerait la dernière bougie.

La Culture d’un pays se transmet aussi par le conte, la mythologie et le folklore.
Le Japon ne déroge pas à cette règle. C’est un monde passionnant! Allez les découvrir ou revoir! Le magique et le surnaturel, se retrouvent à de nombreuses reprises au cœur de l’œuvre de Katsushika Hokusai.

Le surnaturel (extrait du film « Visite à Hokusai » réalisé par Jean-Pierre Limosin)

Okiku illustrée par Katsushika Hokusai 

©Hokusai Nishiki-e Hyaku Monogatari Sarayashiki «Manoir aux assiettes» Série - Cent contes de fantômes

 ©Hokusai « Hyaku Monogatari Sarayashiki » (Manoir aux assiettes) de la Série “Cent contes de fantômes” (1831/1832)

OKIKU

Dans la salle
silencieuse
les cris d’un enfant:
J’ai trouvé la sorcière!
J’ai trouvé la sorcière!

Il y a environ 200 ans, vivait un chef de la police nommé Aoyama Shuzen, qui habitait dans la rue nommée Bansho, à Edo. Son travail consistait à repérer les voleurs et les pyromanes. C’était un homme violent et cruel, sans cœur ni compassion.

Shuzen avait chez lui une servante nommée Okiku. Elle avait vécu dans la famille depuis l’enfance, et connaissait bien le tempérament de son maître. Un jour, par accident, Okiku cassa une assiette d’un ensemble de 10 assiettes précieuses de porcelaine. Elle savait qu’elle payerait pour cette inattention. Mais elle pensa que si elle tentait de cacher l’affaire, sa punition serait encore plus sévère. Elle alla donc, tremblante de peur, voir la femme de son maître et lui confessa ce qu’elle avait fait.

Quand Shuzen rentra et apprit qu’une de ses assiettes préférées était cassée, il entra dans une violente colère, ligota la jeune fille, l’enferma dans un placard, et chaque jour, il lui coupa un doigt. Okiku, fermement ligotée et agonisante, ne pouvait pas bouger, mais elle parvint finalement à se détacher et, s’échappant dans le jardin, elle se jeta dans un puits et se noya.

Depuis ce jour, chaque nuit, une voix sort du puits et compte: une assiette, deux assiettes, etc. jusqu’à 9, puis se met à pleurer.
Le Puit de Okiku de trouve au Château d’Himeji … Quant à la légende, elle a des variantes ( français, anglais )

Edmond de Goncourt, Laure Dalon et Camille Grandval parlent de Hokusai sur France Culture

Taki ni koi - Carpes remontant une cascade - nishiki-e ©Hokusai

Ces magnifiques carpes remontant le courant sont un symbole de bravoure et persévérance. Les regardant, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la fête des enfants « Kodomo no hi »「子供の日」aussi appelée « tango no sekku »「端午の節句」

Il est temps de nous quitter Monsieur Hokusai. Je vous remercie d’être venu jusqu’à Paris nous apporter tant de beauté, douceur et sagesse. Vous êtes UN GRAND ARTISTE! Et toujours parmi nous dans vos œuvres d’art.

Grand Palais Paris - Exposition Hokusai 2014/2015 - Escalier

En descendant l’escalier, Fanny me disait: « J’ai envie de reprendre mes pinceaux! »  😉

VISITE À HOKUSAI

Bleu de Prusse: Couleur obtenue chimiquement, découverte par hasard par un fabricant de couleur allemand, d’où son nom, introduite au Japon par les Hollandais en 1829. Hokusai l’utilise largement.

Formats de l’ukiyo-e

J’exprime toute ma reconnaissance aux propriétaires des précieuses vidéos présentes dans cet article

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6 Réponses à Nous étions Charlie

  1. :) dit :

    Oui, il faut de la beauté pour chasser la laideur… Et il y en a beaucoup par ici. Merci pour ce très riche article…

    • 海子 Okasan dit :

      Merci beaucoup Ö

      L’article est long et il m’a été difficile de le structurer. C’est bien plus facile de s’extasier devant le « beau » que d’en parler! Mais je me suis imposé ce devoir de montrer une infime partie de l’incommensurable richesse qu’il nous a été permis d’admirer au Grand Palais. Je suis heureuse de savoir que Hokusai aura son Musée à Tokyo. Ainsi, tout le monde pourra rendre hommage au Maître et à son tour s’émerveiller.

      Les oeuvres de Hokusai sont éparpillés par le monde. D’autres ont été détruits lors d’un incendie. Lui qui payait son riz avec ses dessins!

      À bientôt Ö Je m’en vais voir la mer!

  2. Mai dit :

    Bonsoir Umiko-Okasan, superbe ce reportage ! Je n’ai jamais vu ses oeuvres profondement ainsi. J’ai peur de Oiwa et Okiku !!! Merci de ce partage, très intéressant. Bon week-end. Bises.

    • 海子 Okasan dit :

      Bonjour Mai!
      Je suis très honorée de recevoir ta visite,  toi qui es passionnée de papillons et tout ce qui grouille dehors! Hokusai a dessiné magnifiquement la Nature, les insectes, les oiseaux, les grenouilles, les fleurs, les chevaux, les poissons, les chats … Ohhh! Toi, la Nature te protège,  n’aie pas peur!  Les fantômes il y en a des gentils

  3. Lyne-Anke dit :

    Merci beaucoup Okasan pour cet article intéressant et très complet que je viendrai lire petit à petit. Bonne fin de semaine!

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